Bon Vent

Cap tout au Nord

Norvège

17.10.2017 17:25 (jdu)

D’Oslo au Cap Nord en Africa Twin, trente-cinq blogueurs, journalistes et invités ont inauguré Adventure Roads, une nouvelle formule de voyage proposée par Honda à ses clients possesseurs d’une moto de la gamme «Adventure». L’aventure ne s’est pas tout à fait déroulée comme prévu, et c’est tant mieux.


Les morues séchées semblent monstrueuses. (Cliquez pour plus de photos)
Au bout de la première journée de ce long voyage, nous sommes un de moins. En effet, une collègue française n’a pas pu freiner à temps et a embouti l’arrière de la moto du soussigné, arrachant du même coup la valise droite et son attache. Malheureusement pour elle – la collègue, pas la valise – le choc lui a brisé une côte. La blessure s’est aggravée quelques heures plus tard en raison de l’altitude, et Lydia, c’est son prénom, a dû être transportée à l’hôpital. Pour elle, l’aventure s’est arrêtée quelque part entre Oslo et Fosnavåg, lors de la première étape des quelque 3500 kilomètres du périple organisé par Honda dans le cadre du programme Adventure Roads. Mais j’ai pu continuer, sur la moto de Lydia. La mienne fut prestement chargée dans la fourgonnette d’assistance mécanique qui nous suivait tout au long de notre voyage en direction du Cap Nord. Elle sera réparée pendant la traversée en ferry entre Geiranger et Hellesylt.

Sans imprévus, pas d’aventure

Ce voyage était un test. Tente-cinq journalistes, créateurs de blogs moto et célébrités (plus ou moins connues) de toute l’Europe, d’Indonésie et du Japon étaient ainsi conviés à rouler de manière semi-encadrée entre la capitale norvégienne et le point le plus au nord de toute l’Europe. Ils bénéficiaient d’assistance mécanique, médicale, d’hébergements et de ravitaillements en route. Plus un roadbook électronique sur chaque moto, avec l’étape du jour. De quoi avancer à son rythme, en cohorte ou en petits groupes. Huit étapes étaient prévues, à 90 pour cent sur l’asphalte, mais aussi avec des excursions en tout-terrain léger, sur nos montures aventurières, des Honda Africa Twin CRF 1000 L. Toutes équipées de valises latérales et d’un gros coffre sur le porte-bagages. L’aventure avait beau avoir été soigneusement préparée et organisée, cela restait malgré tout une aventure. Tout d’abord par le nombre de kilomètres parcourus, et ensuite par le fait que, plus on se rapproche du pôle Nord, en été, plus les journées sont longues. Notre seconde nuit, sur une île côtière face à l’Atlantique, ne pouvait déjà plus mériter le nom de nuit. Et la dernière, dans la ville d’Alta, était carrément identique au jour. Difficile dans ces conditions de bien dormir, même rideaux tirés et masque sur les yeux. Certains voyageurs avaient une peine immense à rester éveillés au guidon en parcourant les derniers kilomètres. Il y a eu aussi la disparition inopinée du top-case d’un collègue allemand, sans doute tombé dans un ravin en roulant. Ou encore le ferry pour les Lofoten qui a laissé cinq membres de notre expédition en carafe dans le port de Bodø, sous prétexte que la compagnie voulait rattraper le retard pris durant la journée et qu’attacher les motos prenait trop de temps. J’ai aussi réussi à «tanker» mon Africa Twin dans une sorte de sable composé de petites pierres fines – je voulais faire une photo. J’y serais encore si un guide ne m’avait pas tiré de ce mauvais pas; les pneus plutôt routiers de l’engin, plus son poids malgré tout respectable (plus de 200 kilos avant d’ajouter les bagages) faisaient qu’il était assez difficile de gravir le petit chemin de terre et de sable qui permettait de retourner sur la route. On ne parle même pas du malheureux mouton pour qui le contact avec le flanc d’une moto a été fatal. Sur une note nettement plus positive, nous avons aussi pu profiter d’un concert donné en plein air juste pour nos oreilles – et nos smartphones – par deux musiciennes norvégiennes. Beau et mélcancolique. Avec comme scène la pelouse et le sable de bord de mer du camping de Hov, aux Lofoten. Ce nom désigne une chapelet d’îles prisées touristiquement, connues pour leurs villages de pêcheurs colorés, et qui sont en fait rattachées à la Norvège par un bras de terre. Le troisième jour, j’ai aussi aperçu à l’orée d’un bois une femelle élan isolée (l’animal est imposant, il mesure près de deux mètres au garrot), qui a disparu dans la forêt avant que j’ai eu le réflexe de m’arrêter et de sortir mon appareil photo. Enfin nous avons rencontré de nombreux troupeaux de rennes, dont un groupe qui nous a tenu compagnie en pleine route durant une bonne vingtaine de minutes.

Génie naturel et savoir-faire humain

Mais ce qui a surtout rythmé cette aventure, c’est le paysage extraordinaire de la Norvège, son immensité, sa variété et sa beauté. La mer joue bien sûr un rôle important, par la présence sur une large partie du territoire de «fjords»: une langue d’eau salée souvent profonde et entourée de hautes falaises, et qui pénètre loin dans les terres. Très bon exemple, le fjord de Geiranger, classé au patrimoine de l’humanité. Il est sans conteste majestueux, avec ses célèbres cascades tombant à flanc de rocher sur plus de 200 mètres. On a des glaciers qui déroulent leur glace presque jusque dans la mer, ou des mini-iceberg qui surnagent à la surface de grands lacs d’eau douce. Il y a aussi des pierres géantes comme déposées au milieu de nulle part – sans doute l’œuvre des trolls, que l’on dit forts mais stupides. Le pays est vaste, et l’on y trouve des étendues immenses vides de toute occupation humaine. Mais l’activité des hommes n’est pas absente, loin de là. De nombreux ponts spectaculaires viennent souligner l’union de l’eau et de la terre. Et de longs tunnels routiers passent sous le fond de la mer ou percent des hectomètres de montagne pour relier deux vallées ou deux îles. On parlera ici brièvement du pont de Storseisundet, situté sur la très touristique Great Atlantic Ocean Road, entre Molde et Christiansund. Le pont lui-même, sorte de sourcil posé sur l’entrée d’un fjord et menant à plusieurs petites îles, n’est pas des plus longs, mais son arc est remarquable. Par beau temps, on y passe avec décontraction. Mais si la météo se gâte et que la tempête prend la mer, cette route devient réellement dangereuse sur deux roues: les vagues passent en effet par-dessus la route juste après le pont, sans même parler des effets dévastateurs du vent. L’architecture norvégienne est la plupart du temps à taille humaine, faite de petites bâtisses rouges ou bleues. On trouve aussi sur la route un nombre impressionnant de toitures végétalisées, qu’il s’agisse d’abribus, de cabanes de vacances, de vraies maisons ou de hangars agricoles. Et ça ne se limite pas à quelques centimètres de gazon, il y a parfois carrément un arbrisseau sur le toit. Ces structures ont pour fonction d’assurer une isolation naturelle qui tient été comme hiver. Les aires de repos routières sont aussi intéressantes. Elles sont la plupart du temps très bien intégrées dans leur environnement, et donnent la possibilité de contempler de belles vues. Et nous avons trouvé en route des églises étonnantes. Dont celle de Lom, datant du XIIe siècle et entièrement en bois – avec des panneaux d'interdiction de fumer un peu partout, pour des raisons évidentes. Elle a été construite en un temps où le christianisme faisait figure de nouveauté, ce qui explique sans doute la présence de sculptures de dragons sur le toit, comme sur les drakkars (les bateaux des Vikings). A chacun de nos brefs arrêts, nous avons pu constater deux choses. Le coût de la vie, aussi élevé qu’en Suisse, et la curiosité des Norvégiens et Norvégiennes rencontrés au fil de notre aventure. Le premier contact est souvent un peu timide – voire réservé. Il y a aussi la barrière de la langue, l’anglais n’étant pas universel partout. Une dame d’un certain âge a tout de même réussi à m’expliquer, dans le village de Birtavarre, que le beau temps dont nous bénéficiions (jusqu’à 27 degrés) était un peu inhabituel. Lors de notre avant-dernière étape entre la presqu'île de Malangen et la ville nordique d’Alta, nous avons aussi fait la connaissance de Karl, l’heureux possesseur d’une boutique de souvenirs juchée au bord de la route. Karl appartient à l’ethnie des Sami, l’équivalent norvégien des Lapons finlandais. Nous ne lui avons pas acheté des cornes d’élan. C’était un peu trop gros pour nos coffres et valises de moto. Karl explique, en sortant son terminal pour cartes de crédit flambant neuf, que lui et sa famille vivent encore de l’élevage des rennes. Et que leurs troupeaux souffrent du réchauffement climatique, ne trouvant plus aussi facilement les lichens dont ils se nourrissent.

Troupe d’aventuriers en route pour le Cap

Nous n’avons pas eu beaucoup d’occasions de dialoguer avec les habitants. C’est le revers de la médaille d’une expédition ainsi planifiée. Par contre, les membres de notre groupe venaient d’horizons suffisamment différents pour que cela soit intéressant. Ainsi Taro Mizutani, du Japon, patron d’une petite entreprise de sécurité et (entre autres) représentant de Touratech dans son pays. Il était très content de pouvoir rouler à 80 km/h sur les routes hors localités. «Chez moi, les limites sont bien plus basses», commente-t-il, avant de s’essayer une nouvelle fois à prononcer mon prénom: «Jai-hoom», en s’aidant des bras. Un autre Suisse, le bassiste du groupe de Metal Eluveitie Kai Brem, grand amoureux de la Norvège, a découvert les joies de l’offroad. Le célèbre journaliste moto Laurent «Lolo» Cochet était aussi de la partie. Sa facétie et son énergie furent communicatives. Il est déjà allé au Cap Nord, mais en hiver, avec des pneus cloutés. Jean-Paul Naddeo, lui, écrit pour le magazine français Road Trip. Ancien directeur commercial chez Hachette, il a décidé un beau jour de se consacrer à la moto et au voyage. Il a failli ne pas pouvoir participer à l’expédition, en raison d’une chute en France qui l’a laissé avec de nombreuses fractures. «Mon médecin m’avait prévenu, si je chutais à nouveau, c’était la catastrophe!» Il a donc roulé avec une grande prudence, ce qui lui a permis de revenir avec de magnifiques photos. Kevin Benavidès, un des riders officiels du HRC en rallye et étoile montante du Dakar, nous a accompagnés durant deux jours. Il a adoré la Norvège, mais, en vrai pilote de course, il a mis du gros gaz et a peu goûté les (nombreuses) pauses pour attendre les ferries. Bien sûr, le moment clé de cette aventure organisée a été l’arrivée au Cap Nord, sur l’île de Magerøya. On précise au passage que l’accès au centre visiteurs et à la fameuse sculpture géante en forme de globe terrestre est payant. Le paysage donne le sentiment de se trouver au bout de la Terre, sentiment accentué par le fait que les derniers kilomètres sont effectués dans une plaine haut perchée totalement vide d’arbres, et aussi parce qu’au bout du voyage, il n’y a plus rien d’autre que la mer à voir et que l’on se trouve sur une belle falaise. Si l’on ne compte pas le trajet du retour vers Alta, l’aventure s’arrêtait là pour nous. Mais une autre va débuter. Selon les explications de Vito Cicchetti, directeur de la division moto de Honda Europe, le programme Adventure Roads va continuer et s’adresser aux clients de la marque en possession d’un deux-roues de cette catégorie (Adventure), comme l’Africa Twin, mais pas seulement. D’autres destinations sont en cours d’élaboration, et devraient être proposées dès l’année prochaine. ROUTE/DISTANCE Voyage aller/retour: Lausanne – Oslo, avec sa propre moto. Puis Oslo – Fosnavåg – Trondheim – Brønnøysund – Glomfjord – Camp Lofoten – Malangen – Alta – Nordkapp – Alta. 8 jours, 3500 km La Norvège est un pays scandinave démocratique, non membre de l’Union européenne, mais partie prenante de l’Espace économique européen, et qui se trouve avoir un roi, partagé avec la Suède. Le pays se déroule du sud au nord sur près de 4000 km de long et environ 400 km de large. Il est bordé à l’ouest par l’océan Atlantique et compte pas loin de 5,3 millions d’habitants. En général, c’est un pays très sûr. Période propice: fin du printemps et surtout été, de mai à août. Accès: par la route, il faut traverser toute l’Allemagne. Le train est une solution intéressante. Départ de la gare de Lörrach, près de Bâle, compagnie privée BTE (l’Autozug de la compagnie publique DB n’existe plus), voyage de nuit, arrivée à Hambourg, infos https://bahntouristikexpress.de/autoreisezug-de.html. Puis tunnel routier (payant) à partir du Danemark, ou ferry – aller par personne et moto env. 45 frs. Logis: dans les grandes villes, on trouve des hôtels toutes catégories, mais en général chers (120 frs par personne au Scandic d’Alta, l’équivalent d’un trois étoiles). Les pensions et surtout les aires de camping sont très nombreuses – on trouve de tout, de la simple place pour fixer sa tente à la véritable cabane. Et la loi norvégienne permet de camper partout, sauf bien sûr sur des propriétés privées. Langue: norvégien, anglais. Devises: la couronne norvégienne (NKR) (1 frs = 8 NKR), et assez souvent aussi l’euro. Les cartes de crédit et EC sont acceptées un peu partout. Rouler à moto: la Norvège est riche en routes, qui sont en général de bonne qualité. En été, attention aux travaux. Il est en principe interdit de rouler en dehors du bitume, mais on peut suivre des pistes. Attention à ne pas boire d’alcool avant de rouler, et à respecter les limitations (amendes salées). Pour plus d’infos (en anglais), http://www.fema-online.eu/website/index.php/consumer-information/riding-abroad Cartes/guides: Michelin, «Norvège», n° 752, 1 :1250000. Michelin Guide Vert Norvège, et bien d’autres encore.

««Retour
NOUVEAU! Lisez ici l‘ePaper

Newsletter abonnieren

* Pflichtfeld