Bon Vent

Le pays d'ocre et de lilas

Grand tour en Provence - Alpes - Côte d'Azur

27.09.2017 16:30

Depuis toujours, le sud de la France attire par ses agréables parfums, ses couleurs intenses et par son climat la plupart du temps agréable. Les motocyclistes essaiment sur ses innombrables rubans d’asphalte viroleux, des routes pour lesquelles il faudrait payer dans d’autres pays.

Quelle agréable fraîcheur ici-bas! Il y fait 11 degrés en permanence, ce qui est idéal en habits de moto. Dehors, il y en a 25 à l’ombre, là où l’on peut en trouver. Et à chaque halte, on se met à transpirer plus que de raison. En bas, dans la mine de Bruoux, la seule chaleur émane de la lumière colorée dégagée par les parois. C’est le jaune-roux de l’ocre. Le «sable rouillé», comme on l’appelle peu scientifiquement, a été extrait de 1880 à 1950 de cette mine près de Gargas. En un temps où la couleur était rare et le monde bien plus gris, l’ocre récolté dans la région située entre le plateau du Vaucluse et le Lubéron servait de gélifiant et de colorant naturel. L’ocre va bien avec la Provence. Aujourd’hui encore, on peut voir en de nombreux endroits du sud de la France de telles formations rocheuses, ponctuations dans le paysage, et aussi des maisons qui brillent d’une couleur rougeâtre et répandent une chaleur venant de l’intérieur.

Là où les chauve-souris sont bien

Les mines ne sont pas trop mon truc, mais celle-ci me plaît. On peut y amener les claustrophobes, car les tunnels sont par endroits hauts de 10 mètres. Pour les mineurs du temps jadis, le travail ne devait pas y être aussi terrible que dans les endroits où, au XIXe siècle, l’on extrayait du charbon ou d’autres minerais. Ici, à Gargas, on n’a pas ce sentiment de malaise que l’on peut ressentir en tant que touriste dans un lieu d’oppression passée. Il vaut mieux par contre ne pas craindre les chauves-souris. Selon notre guide, pas moins de trois espèces ont élu refuge dans ces mines. De retour à l’air libre, nous admirons encore un peu les falaises d’ocre au travers desquelles nous nous sommes frayés un chemin. Avec la bonne lumière, ces parois hautes d’environ 50 mètres et bâties en demi-cercle offrent un spectacle extraordinaire dans un théâtre naturel. Mais il est bientôt temps pour nous – un petit groupe de journalistes-voyageurs – de gagner notre camp pour la nuit. Nous n’avons malheureusement pas assez de temps pour voir Roussillon, qui figure en haut de la liste des «plus beaux villages de France». Il en reste par contre juste assez pour découvrir la petite ville rocailleuse de Gordes, elle aussi sur cette liste, pour exprimer quelques «ooh» et prendre vite quelques photos. Un coup d’accélérateur plus tard, nous voici devant l’Abbaye de Sénanque, lovée dans une petite vallée tranquille. Les rangées de lavande lilas peuvent y former un contraste parfait avec le gris des vieux murs du cloître. Mais pour nous c’est trop tard, à cause de l’ombre. Et aussi trop tôt, car à la mi-juin, la floraison n’a pas encore débuté.

Direct à la source

Deux heures plus tard, on a faim! Pendant que nos bottes s’aèrent sur les balcons de nos chambres d’hôtel à Fontaine-de-Vaucluse, nous parcourons les rues de la localité dans la lumière du crépuscule. Comme l’indique son nom, elle est tout près d’une source; pas celle de la Vaucluse, mais bien celle de la Sorgue. A proximité de cette rivière, nous nous arrêtons à La Figuière. Dans le merveilleux jardin de ce restaurant, nous nous demandons que choisir, entre le canard aux morilles ou le «poisson du moment». Accompagnée de Kir de figue pour l’apéro, d’une cuisine exquise et d’un Côtes du Rhône raffiné, cette belle soirée d’été aurait parfaitement pu conclure notre voyage. Mais ce n’était que la première journée de notre périple à travers la région PACA – Provence-Alpes-Côte d’Azur. La PACA offre au motocycliste une série d’ingrédients presque unique au monde. De Gap à Cap Canaille, de véritables orgies de virages l’y attendent, souvent avec un très bon revêtement. Et on y trouve bien sûr tout ce qui ne saurait manquer à un voyage réussi: du ciel bleu, la mer tout aussi bleue, sans oublier les points forts historiques, culinaires et culturels.

Déversées dans un camion

Il y a tellement de choses à raconter à la fin du premier jour. Comme par exemple le tintamarre qui nous a réveillés à 7 heures. Nous avions trouvé le sommeil au Domaine de Cabasse, qui fait partie de l’appellation Côtes du Rhône. C’est le cliquetis des bouteilles déversées dans une «station» mobile et moderne (un camion) via un tapis roulant. Nous avons vu quelques motards en route… et aussi quelques milliers de cyclistes. D’abord dans les gorges de la Nesque, où se jouait un genre de course amateur, qui se déroulait dans une ambiance détendue. La D942 serpente de manière serrée mais plaisante dans ce défilé. Avec des explosifs, les constructeurs de cette route ont créé beaucoup de très petits tunnels dans les falaises de granit. Et puis nous avons dépassé un très, très grand nombre de vélos sur la route menant au Chalet Reynard. Ce restaurant représente la dernière possibilité de se restaurer avant la montée du Mont Ventoux. Visible loin à la ronde, la montagne est un «must» pour les motocyclistes, mais pour les cyclistes, c’est carrément le Saint Graal. Un mythe du Tour de France. On n’y compte plus les histoires héroïques, ou tragiques. Au-delà du Chalet Reynard placé à environ 1400 mètres au-dessus de la mer, le Ventoux est aussi dénudé que le crâne de Marco «il pirata» Pantani, feu le spécialiste de la montagne. C’est lui, probablement renforcé par le dopage, qui avait remporté cette étape en l’an 2000, devant les deux autres dopés Lance Amstrong et Jan Ulrich. Ils ont dû rouler près de la pierre commémorative dédiée à Tom Simpson, qui avait rendu son dernier souffle dans cette montée, bourré à ras le maillot d’amphétamines! Cette face sombre du sport ne tempère en rien l’engouement des enthousiastes du vélo. Ils continuent à gravir cette route offrant une déclivité de quelque 1600 mètres, en étant souvent secoués par de fortes rafales de vent. Au «Chalet», nous faisons connaissance avec un représentant du sport propre, Pierre Faure. Il met sur pied chaque année la course de motos dite «Ventoux Classic». Elle prend pour modèle l’épreuve de 21 km qui reliait à l’époque Bedoin au sommet du Ventoux. Aujourd’hui, ce ne serait plus imaginable. Durant un week-end, nos amis vétérans peuvent encore courir sur 2,6 km, en bas, près de Malaucène. C’est pour le show, il n’est pas question, officiellement du moins, de chronométrer les runs. Les temps sont durs pour les amateurs de moto, et ça n’est pas différent au sud de la France. Un peu plus loin, nous traversons le col d’Allos. En plein été, il est réservé chaque vendredi durant trois heures aux cyclistes. Sympa, mais là encore inimaginable pour les motocyclistes.

Le monde agité de la ville

Le jour suivant, nous débarquons dans un tout autre monde. Adieu la nature, voici la ville au bord de mer, Marseille. Après un excellent déjeuner dans le port de l’Estaque et un moment fraternel avec des supporters de foot qui se chauffent en préparation d’un match, nous traversons la cité. Comme tous les touristes à Marseille, nous voulons voir la Basilique de Notre-Dame. Il y en a qui veulent admirer la cathédrale, et d’autres juste la magnifique vue sur la mer et sur les îles de Frioul. Chemin faisant, une question surgit: à moto, doit-on rester dans sa présélection? Ce principe est en tout cas étranger aux bikers de Marseille. Nous prenons notre courage à deux mains et nous nous mettons à naviguer entre les files. Il faut penser vite et agir vite aussi. Pour le Hollandais bien éduqué qui fait partie de notre petit groupe, tout ce désordre ressemble au purgatoire de la circulation, tout particulièrement dans le tunnel sous le port, avec ses nombreuses pistes. Les automobilistes changent de voie de manière erratique, les scootéristes se fraient un chemin à travers les files à coups de klaxons, et certains motards profitent de l’endroit pour démontrer leur talent sur la roue arrière. Le passage est un peu délicat, mais je dois dire que j’aime ça. Pourquoi diable devrais-je me comporter comme une auto alors que je me trouve sur une moto? Après un crochet pour aller voir le musée de la moto de Marseille – il vaut le détour – nous contentons nos collègues soucieux de sécurité routière et fuyons à nouveau vers la campagne, en direction de l’hôtel qui nous attend à Géménos. Si nous allions vers l’est, nous arriverions assez rapidement au circuit Paul Ricard. Mais nous choisissons une nouvelle fois le nord. A peine nos pneus ont-ils eu le temps de chauffer que nous nous lançons à l’assaut des vertigineux virages du petit mais très joli col de l’Espigoulier. On voit de belles traces de pneumatiques sur les épingles sans fin de cette route, ce qui signifie que des artistes de la roue ont pu s’éclater ici. Nous continuons vers le Nord-nord-ouest, avec les Gorges du Verdon en ligne de mire. A Barjols, nous nous trouvons devant une route fermée au trafic. Des écoliers y défilent avec force tintamarre, car c’est la traditionnelle Fête de l’eau. La descendance doit en effet être rendue attentive à l’importance de cette ressource potable et environnementale. Quant à nous, un peu plus tard, notre sensibilisation, opérée par un représentant des instances touristiques, porte sur les séductions de la tradition fromagère locale. Un riche échantillon de fromages de chèvre nous est servi dans la cour d’une ferme à Tourtour. Les productrices – les chèvres – nous observent un moment, et se remettent bien vite à leur activité favorite, le grignotage zêlé de foin et de paille. Je ne suis pas connaisseur de ces animaux, mais ils me semblent assez contents de leur sort dans leur grande et lumineuse étable.

Routes désertes – pas encore juillet

Puis nous nous dirigeons au nord et passons la frontière entre les départements numéro 83 (le Var) et 4 (Alpes de Haute Provence), avant de prendre nos quartiers à l’Hôtel des Gorges du Verdon, à La Palud. Depuis un certain temps déjà, les routes riches en panoramas des deux côtés du spectaculaire Grand Canyon du Verdon ont cessé d’être un secret bien gardé. Mais il faut tout de même les voir ne serait-ce qu’une fois. Il est étonnant de constater à quel point elles sont encore peu fréquentées en cette mi-juin. Et on vous conseille au passage, si vous prenez la route des Crêtes au départ de La Palud, de la suivre dans le sens des aiguilles d’une montre, car autrement on se retrouve bloqué devant un passage à sens unique à la hauteur du Chalet Maline – qui offre une terrasse avec une vue fabuleuse. Du reste de notre journée, plus au nord, c’est le Col de l’Allos dont nous nous souvenons le mieux. Son flanc sud est resté défiguré par les traces du tourisme hivernal. Pour ma part, je constate avec étonnement avec quelle facilité je colle au train de mes collègues et de leurs enduros de voyage à la mode, au guidon de ma FJR, qui n’est pourtant ni mince ni légère. A partir de 2250 mètres d’altitude, la température et le panorama sont ceux de la haute montagne, et la route dans la vallée de Barcelonnette est un pur plaisir, grâce à la vue des sommets alpins de plus de 3000 mètres et à la qualité irréprochable de l’asphalte. Le stop dans cette petite ville bien connue pour ses villas mexicaines est l’occasion de refaire le plein des pilotes, avant de partir résolument vers l’ouest. Nous nous arrêtons cependant à de nombreuses reprises tout au long des points panoramiques qui surplombent le lac de Serre-Ponçon. Un vaste réservoir (124 mètres de haut, jusqu’à 123 mètres de large, plus de 600 de long) qui emmagasine les eaux des rivières Durance et Ubaye dans une étendue aquatique de près de 30 km2. A Gap, l’hôtel Pavillon Carina se trouve un peu en dehors et au-dessus du centre-ville. Ce qui est pratique pour l’accès mais un peu moins quand on veut aller s’amuser en soirée. Ce n’est pas grave, car, primo, nous sommes capables de marcher, et secondo, nous pouvons prendre le bus sans arrière-pensée, les transports publics étant gratuits dans le chef-lieu du département des Hautes-Alpes.

Montagnes russes et clame oasis

Pour notre dernière journée, le retour vers les domaines viticoles de la plaine du Rhône, nous nous permettons un détour. C’est la D26, que l’on trouve lorsqu’on suit le panneau indiquant Orange et Rosans dans le giratoire à Serres. Puis, en haut du peu remarquable col de la Saulce, on va vers le col de la Tourette. Le ruban d’asphalte se déroule dans toutes les directions, au sein d’une immensité sauvage, de petits sommets formant les éléments d’une série de montagnes russes. On passe par les villages de Montmorin, de Bruis, jusqu’à Rosans, le lieu idéal pour transmuter l’adrénaline de la route en une paisible hormone de plaisir. Cette localité-ci est un secret bien gardé, qui ne figure pas sur la liste officielle des plus beaux villages de France, mais qui devrait en faire partie sans tarder. Les maisons de pierre bien entretenues, les petites fleurs et les broussailles qui semblent proliférer au hasard lui confèrent un charme bénéfique qui respire la Provence. Cela serait un point d’arrivée tout-à-fait acceptable pour notre voyage en PACA. Mais nous nous devons de respecter la tradition en faisant coïncider départ et arrivée. A l’arrivée, nous nous empressons de piquer une tête dans la piscine de l’hôtel, ensuite de quoi les propriétaires de l’établissement Anne et Benoît Baudry prennent le temps de nous expliquer le classement et la hiérarchie des différents vins de leur appellation. Le savoir transforme notre expérience, qui ne saurait rester seulement théorique. Alors santé!!

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