Bon Vent

PAYS BALTES

LA FIN JUSTIFIE LE VOYAGE

08.03.2017 00:00 (gadola/cr)

Faute de routes sinueuses, certains pays ne sont pas les plus attractifs à moto. Il faut alors une excellente raison pour se rendre dans ce genre de contrée. Dans notre cas, c’est le Super Rallye de la Fédération Harley-Davidson Clubs Europe, qui se déroule à Tallin, organisé par le club local H-D Estonie.

DIMANCHE MATIN À NIDA,

sur le littoral de Courlande. Le calme est interrompu lorsque nous démarrons nos bécanes et quittons cette petite ville encore plongée dans les bras de morphée afin d’atteindre le point de vue où s’étend de manière spectaculaire la plus grande dune de sable d’Europe. Nous sommes assis dans le sable et savourons ce paysage imprenable. Nos souvenirs nous replongent en 2011, lorsque le Super Rally a eu lieu à Klapeida (Lituanie) et que nous étions déjà venus ici. Etant donné que notre voyage du retour se faisait par l’enclave russe de Kaliningrad et que nous savions que la procédure du passage de la frontière nous prendrait des heures, nous n’avions simplement pas eu le temps de savourer ce spectacle de la nature. Mais nous savions que nous allions revenir.

Cette fois-ci, nous sommes arrivés samedi soir par ferry depuis Kiel à Klapeida et avons ensuite pris la route jusqu’à Nida avec nos motos. Après avoir pris possession de notre chambre d’hôtel, nous avons déjà fait connaissance avec les premiers plaisirs culinaires baltes: ici on aime accompagner la bière de petits en-cas, les oreilles de cochon fumées ne sont toutefois pas au goût de tout le monde.

 

SUR LE CORDON LITTORAL DE COURLANDE

Maintenant, nous nous imprégnons de ce magnifique paysage, qui appartient au patrimoine culturel mondial de l’UNESCO depuis 2000. Ce littoral est une presque-île de quasi 100 km de long et de 380 m à 3,8 km de large, séparant la Courlande de la mer Baltique. C’est l’incontournable d’un voyage dans les pays baltes. Les 48 km appartenant à la Littuanie peuvent être sans problème parcourus en voiture ou à pied après paiement d’une entrée. Le passage en Russie est très complexe et ne se fait que moyennant un visa. Nous visitons encore la maison Thomas-Mann et faisons une balade à la montage des sorcières, parsemée de sculptures en bois originales, avant de regagner Klapeida en ferry.

 

LE KRYZIU KALNAS, LA MONTAGNE DES CROIX

Nous rejoignons Plungé par de petites routes et empruntons l’A11 pour gagner la triste ville industrielle de Siau-liai, dont la vieille-ville, détruite lors de la deuxième guerre mondiale, n’a pas été reconstruite. En banlieue, nous trouvons un sympathique hébergement avec un service agréable.

Nous enfourchons encore une fois nos montures et nous dirigeons 12 km au nord pour visiter le lieu de pèlerinage le plus important de Lituanie. Depuis le XIXe siècle déjà, les Lituaniens croyants édifient des croix sur ce mont, d’une part en signe de gratitude et d’autre part en signe de demande. Durant l’occupation soviétique, les Russes ont sans cesse ôté ces croix, mais à chaque fois les Lituaniens sont revenus et en ont replanté des nouvelles. Croyances et résistance politique ont fini par grandir ensemble et entre-temps, les visiteurs viennent du monde entier vers cet endroit mythique. Personne ne peut rester indifférent à l’énergie émanant de cette colline, avec sa multitude de croix, toutes de grandeur et de construction différentes.

 

KAUNAS, TRAKAI ET VILNIUS

Nous nous dirigeons vers l’est par des routes cahoteuses aux paysages magnifiques. Après un arrêt dans la vieille-ville de Kaunas, nous visitons le château de Trakai. Très touristique, effrayant et splendide à la fois, ce château se dresse au milieu d’un paysage lacustre et est certainement un des édifices les plus impressionnants de Lituanie. Les habitants sont sympathiques et nous autorisent de parquer nos motos sur leur place privée et les surveillent, bagages y compris, moyennant quelques Litas. Idéal pour des motards comme nous. Une pluie diluvienne nous accompagne jusqu’à Vilnius et nous sommes heureux de trouver une chambre au chaud à l’hôtel Dumus Maria, un ancien couvent situé en pleine vieille-ville.

 

EXCÉDENT DE FEMMES ET PRIX FORTS: RIGA

La prochaine étape nous mène à Riga par Daugavpils (Lettonie), le long de la Daugava. Ici nous découvrons également ce que sont les constructions d’autoroute socialistes, et elles sont bien réelles. La chaussée est large et bien dim;ensionnée, mais le revêtement ressemble à du patchwork. Il est possible de faire demi-tour tous les quelques kilomètres et les arrêts de bus sont nombreux (sur l’autoroute!).

Riga est une petite ville pleine de vie, avec de bons restaurants et des prix européens. Intéressant et bien visible: selon les statistiques, il y a un excédent de femmes à Riga, qui s’habillent et se pavanent en conséquence en flânant dans les rues de la ville.

 

SUUR MUNAMÄGI, LA GRAND COLLINE DE L'OEUF

Plus nous avançons vers Tartu, plus le pays est isolé. Nous passons la frontière abandonnée vers l’Estonie. Nous nous arrêtons au Suur Munamägi à Hannja, en français «grande colline de l'oeuf», le point culminant de la région baltique. D’une hauteur de 318 m, doté d’une tour panoramique de 30 m, il offre une vue panoramique sur le pays. Le paysage: des forêts aussi loin que l’on peut regarder.

Une affiche attire notre attention et nous suivons son indication. Et effectivement, ici dans cette province, en bout de chemin poussiéreux, nous trouvons un musée dédié aux deux-roues. Hormis quelques DKW, rescapées de la guerre, la collection est quasiment uniquement constituée de motos et scooters des pays de l’est. La diversité est énorme, et à côté des marques plus connues telles que Pannonia, Ish, Ural, Dnepr et Jawa, sont exposées des motos carrément inconnues à l’ouest. Intéressant, aucune MZ ne fait partie du cheptel.

 

SEULEMENT HUIT MÈTRES DE PROFOND: LE LAC PEÏPOUS

La vie nocturne est plutôt animée dans la ville universitaire de Tartu, nombreux étudiants occupent les cafés et bistrots. Nous quittons la ville tôt le matin et déjà une grande solitude nous gagne. La frontière russe passe au milieu du lac de Peïpous, que nous rejoignons par de petites routes. Sur notre chemin, des villages idylliques, avec des maisons en bois et parfois même encore un puits. La rive est accessible et de nombreuses barques flottent sur des canaux creusés jusqu’aux entrées des maisons. Malgré le manque d’indication, nous trouvons tout-de-même les seules falaises du lac, où couve une colonie d’hirondelles de rivage. Les corbeaux croassent sur les cimes des arbres du cimetière avoisinant. Sinon, c’est le calme absolu.

 

LE NORD SAUVAGE: LE PARC NATIONAL LAHEMAA

Nous nous dirigeons vers le nord à Mustvee, après Rakvere. Evidemment ici aussi nous devons passer au travers d’un de ces chantiers interminables, dans tous les sens du terme. Les feux restent au rouge pendant 20 minutes et le sable non damé recouvrant la chaussée requiert pleine concentration pour ne pas chuter.

Le paysage entre Vösu, Loksa et Leesi est paradisiaque. La mer Baltique est calme et seul un petit courant ondule la surface de l’eau. Avec son sable blanc, parsemée ici et là de grands ou petits blocs erratiques, la côte est superbe. Il n’y a personne vu que nous sommes hors-saison. Ce qui nous oblige de sauter le repas de midi, il n’y aucun restaurant, snack ou magasin. Heureusement que nous avons fait le plein à Rakvere. Nous rejoignons finalement l’autoroute A1 vers Tallin après avoir traversé des forêts interminables.

 

SUPER RALLYE: PARTY-TIME

Avec 8000 Harley, qui sont arrivées entre-temps à Tallin (Estonie), pas besoin de chercher le terrain du Super- Rallye bien longtemps. On monte la tente et prend ses aises, l’heure est à la fiesta. On se retrouve avec bon nombre de vieilles connaissances, passe du bon temps et boit une bière de temps à autre. La diversité hallucinante des motos et des personnes étranges est énorme et pittoresque. Mais l’ambiance est toujours paisible, et tout le monde a beaucoup de plaisir de se trouver là.

 

JOEY DUNLOP

Vu que je suis un passionné d’anciens pilotes et un fan du TT, je me rends à Pirita, dans la banlieue de Tallin. C’est ici que se déroulait la célèbre course Kalevi Suursoit il y a quelques années encore, sur le Pirita-Kloostrimetsa Circuit. C’est ici aussi que le pilote Joey Dunlop, vainqueur du TT à 26 reprises, s’est tué le 2 juillet 2000. Je me dois d’aller rendre visite à son mémorial. La dernière course a eu lieu en 2008, après la 47e édition. Le revêtement est en piteux état et il manque de l’argent pour le renouveler. Une partie du tracé fait partie de la voie publique et est en fonction.

 

LES JOYAUX BALTIQUES: LES ÎLES

Nous avions prévu de rejoindre la plus grande île d’Estonie, Saaremaa, moyennant un détour nous conduisant à l’île d’Hiiumaa. Des pilotes Harley suédois nous ont toutefois annoncé que le ferry reliant les deux îles ne circule que deux fois par jour. Nous décidons de gagner directement Virtsu. La traversée vers la petite île de Muhu est courte et nous emmène directement à Saaremaa par une digue de liaison. Nous longeons la côte nord où il y a même un semblant de virages. Saaremaa est également nommée l’île des moulins à vent. Nous sommes obligés d’en observer de plus près dès que nous en voyons apparaître, afin d’admirer cette technologie rudimentaire mais fonctionnelle. Nous visitons le château de Kuressaare avant de prendre le chemin du retour. Notre but est la ville de Pärnu. Nous sommes soulagés lorsque nous apercevons une station essence à l’entrée de la ville, car il est impossible de faire le plein un dimanche, sur plus de 100 km.

 

LES STATIONS BALNÉAIRES LIEPAJA, PALANGA ET KLAIPEDA

Toujours vers le sud, nous faisons une halte à Riga, avant d’atteindre Liepaja en soirée par l’A9. Nous nous accordons un hébergement 5 étoiles et nous baladons en ville. Il est déprimant de voir ces belles maisons en bois tomber en ruine parce que les propriétaires n’ont pas les moyens de les rénover. Des ruines côtoient de belles villas rénovées – le contraste ne peut être plus grand. Mais la ville possède tout de même beaucoup de charme et une belle plage.

 

COMME LE MONDE EST IMMENSE ET PETIT À LA FOIS

Nous atteignons Klaipeda par la côte, la dernière destination de notre voyage. Nous savourons encore un dernier repas sur la place du marché et nous amusons de voir arriver les cars de passagers des bateaux de croisière. Lorsque nous nous dirigeons vers nos motos, nous entendons un couple suisse-allemand: «la prochaine fois, on prendra aussi les motos au lieu de ce stupide bateau, ces deux-là ne sont même plus vieux que nous! »

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