Bon Vent

MONTE GRAPPA (I)

LA MONTAGNE DU DESTIN

17.01.2017 13:33 (perger/cr)

Avec une virée jusqu’au Monte Grappa, qui se dresse majestueusement sur la plaine du Po, à exactement 60 km de la cité marine de Venise, toutes les exigences du club des bons vivants sont remplies. Cette boucle passe par l’Engadine, traverse le Puschlav et la Lombardie, puis le Trentin jusqu’à la Vénétie.

L’IDÉE DE BASE ÉTAIT DE SE VOIR

pour une pizza à l'hôtel Sonne, mais il est déjà presque minuit lorsque je coupe le contact de ma brêle à St Moritz.

Après une longue journée de travail, je n’ai pas réussi à prendre la route plus vite. J’ai récupéré la moto de test de saison 2016 de Moto Sport Schweiz, une Honda CRF 1000 L Africa Twin, en passant à Zurich et à mon grand bonheur, j’entame mon voyage sur une autoroute quasi déserte jusqu’à Coire.

Le soleil se couche juste après Thusis et la nuit est tombée lorsque je franchis le col du Julier culminant à 2284 mètres, je ne croise pas plus de dix véhicules. Toute ma concentration est requise et j’aborde virage par virage, épingle après épingle la montée du col avec un champ de vision limité au simple éclairage du phare de ma monture. Au bout d’un certain temps, cette importante concentration a quelque chose de fascinant et ce qui me paraissait comme un virée inintéressante due à l’obscurité s’avère devenir un pur plaisir.

Vu mon arrivée tardive, je ne peux savourer une petite bière, mais connaissant mes acolytes, nous allons certainement rattraper cela à un autre moment.

 

DES GRANDS ET PETITS VIRAGES

Nous longeons le lac de St Moritz sous un soleil radieux en direction du col de la Bernina. Nous démarrons la virée gentiment par la rampe nord, en passant le glacier de Morteratsch et profitons d’un warm-up au travers de ce paysage magnifique en direction du sommet. La topographie et les virages successifs ne se font pas prier et éveillent rapidement nos instincts motards. Une belle route sinueuse nous emmène à 1900 mètres d’altitude avant de rejoindre la vallée de Poschiavo jusqu’à Tirano (I). Avant de sombrer dans la chaleur de la Velteline, nous abandonnons les belles courbes de la route ralliant San Carlo pour un petit détour vers l’Alpe d’Aurafreida. Après quelques kilomètres déjà l’asphalte cède le pas au gravier. Nous traversons des forêts et pâturages fleuris, virage après virage avant d’atteindre cette alpe culminant à 2160 m. Là-haut, nous sommes seuls et profitions d’une splendide vue sur les sommets avoisinants.

 

ORGIE DE VIROLETS ET FESTIN POUR MIDI

Différentes petites routes relient la vallée de l’Adda au Passo del Mortirolo. Nous entamons la montée après Grosio, sur une des plus grandes routes. Depuis le bas, impossible de reconnaître un bout de vallée ou un semblant de route sur ce raide flanc densément boisé. Sans avoir étudié la carte ou surfé sur un guide routier, personne n’aurait idée de franchir cette montagne par là. Le sentier que nous empruntons se tortille sur un dénivelé de 1200 m. en longeant la falaise, parfois avec une pente à 18% et quelques 53 virages. L’endroit idéal pour tous ceux qui aiment les virages, surtout les virages serrés.

Ce tracé creuse l’appétit et nous ne porterions pas le nom du «club des bons vivants» s’il n’y avait pas un délicieux repas de midi au programme. Nous nous arrêtons peu avant le sommet, au Rifugio Antonioli, ce qui s’avère être un excellent choix. Au menu du jour: Salumi misti et Formaggio en entrée, goulasch de boeuf accompagné de polenta et roastbeef avec pommes-de-terres rissolées en plat principal. Il y a aussi du tiramisu au dessert, mais nous nous contentons d’un bon café. Le repas était succulent et nous sommes épatés de ne payer que 10 euros par personne.

 

MOHO, LA PREMIÈRE

Pour notre première nuit, notre programme prévoit un hébergement MoHo. MoHo signifie hôtels pour motards. Cette association offrant des possibilités d‘hébergement existe depuis 20 ans et porte l’accent sur les besoins des motards. Les établissements qui en font partie s’engagent à un standard catégorisé et proposent de nombreuses offres intéressantes pour motards, comme des propositions de virées, des renseignements personnalisés avec des cartes routières ou données GPS, des places de garage, un local pour sécher les habits et les équipements après une ondée, un coin pour bricoler, etc.

Mais jusque-là, notre destination du jour n’est pas encore atteinte. Nous rejoignons rapidement la vallée par le Passo del Tonale sous un soleil de plomb. Même un bref orage et le fait de remonter en altitude vers le col de Mendel n’y change rien. La route sinueuse du côté oriental du col est un pur régal et nous atteignons l’hôtel Teutschhaus trempés de sueur. A peine arrivés, nous pouvons parquer les bécanes dans le garage et gagner nos chambres. Les formalités d’arrivée peuvent attendre et nous profitions de la piscine et d’une douche.

 

MONTE GRAPPA, NOUS ARRIVONS

Je suis déjà venu une douzaine de fois près du Monte Grappa pour le travail, mais je n’ai jamais été jusqu’au sommet. C’est une des montagnes les plus sanglantes de la première guerre mondiale et elle offre aujourd’hui un aperçu des abîmes de l’histoire de la guerre, durant laquelle 30 000 soldats y ont laissé leur vie. Par contre, la route rejoignant les 1600 m. d’altitude du sommet surplombant la plaine du Po est un vrai régal pour tout pilote, beaucoup beaucoup de virolets et une vue époustouflante jusqu’à Venise par beau temps.

Mais l’un dans l’autre, nous avons 280 km au programme d’aujourd’hui. Le Passo di Manghen culminant à 2040 m. est le prélude de notre virée du jour. Je connais ce col d’une sortie faite ce printemps et je l’avais enregistré sous «petite route asphaltée, beaucoup de virages, paysage splendide». Il était à prévoir que nous ne serions pas les seuls sur la route en ce samedi du mois de juin, vers midi. Mais la quantité de vélos et de motos est définitivement trop élevée pour moi. La prochaine fois il faudra venir en semaine ou tôt le matin. Nous entamons la montée vers le Monte Grappa par le nord. Plus nous avançons, plus le tracé de la SP 148 se révèle être une route de crête qui me fait penser à la Route des Crêtes dans les Vosges. Entre les forêts clairsemées et les pâturages, nous apercevons les crêtes des montagnes avoisinantes. La circulation n’est pas trop dense jusqu’à ce que nous atteignons la Cima di Monte Grappa où se dresse le mémorial. La popularité du lieu nous rattrape d’un coup. Malheureusement aucune vue à l’horizon aujourd’hui car l’humidité de l’air attire des nuages menaçants qui nous bouchent la vue par la même occasion.

 

PETIT CROCHET VERS LE FORTE MONTE VERENA

Nous décidons d‘emprunter la SP 140, une petite route se faufilant vers Bassano di Grappa. Le tracé serait pour ainsi dire phénoménal si la chaleur tenace de la plaine du Po ne venait s’en mêler à chaque mètre que nous avançons.

La région de Bassano del Grappa est réputée pour son excellente cuisine, et la petite ville, avec son célèbre Ponte Vecchio – à ne pas confondre avec celui, habité, de Florence – ainsi que le musée de la Grappa situé tout près, valent un arrêt. Toutefois, notre planning plutôt serré et les quelque 36 degrés de canicule nous incitent à remonter rapidement vers les hauteurs. Juste après Asiago, un crochet sur terre battue en direction du Monte Verena nous met un peu de piment dans le programme du jour. Ce qui est une petite route au début s’avère être un chemin en gravier avec quelques gros cailloux qui commencent à briller à cause de la pluie. Il me faut un moment avant de maîtriser ma bécane et ses pneus destinés plutôt à la route sur ce revêtement glissant. Il est évident que je ne voudrais pas chuter avec l’Africa Twin empruntée. Une fois arrivés au sommet, l’orage est déjà passé, par contre, la splendide vue s’étendant à 360° depuis le Forte Verena par beau temps est tout-de-même bouchée. En descendant, j’arrive enfin à bien sympathiser avec les propriétés enduristes de ma Honda. Je règle le contrôle de traction au plus bas, et adopte une bonne position tout en me dressant sur les calepieds. Finalement, de plus en plus confiant, nous redescendons plutôt rapidement vers la plaine.

 

LE GPS AVAIT QUAND MÊME RAISON

Nos assistances électroniques nous envoient tous en contre-bas, vers Roana, mais je suis certain d’avoir vu une liaison sur le haut-plateau lorsque j’ai préparé les différentes étapes de notre virée. Vu que le soleil est déjà bien bas, mes compagnons ne sont pas vraiment enchantés de l’option «on pourrait essayer , malgré tout, le fait de pouvoir économiser 20 kilomètres de détour est tout de même alléchant. La route de tous mes espoirs abandonne déjà son asphalte après quelques virages et devient de plus en plus étroite. Après les 9,6 km indiqués par le GPS, celle-ci est barrée par un portail. Et voilà que c’est écrit noir sur blanc: route barrée. Non, nous n’avons pas fait demi-tour et oui, nous avons consciemment ignoré le panneau rouge. Nous savourons d’autant plus notre balade sur les haut-plateaux de Lavarone, et atteignons bientôt la route des chasseurs de l’empereur. Cette ancienne route militaire rejoint la plaine en formant de longs serpentins tout en nous offrant une magnifique vue sur le Lago di Caldonazzo.

 

ILS SAVENT CE QU’AIMENT LES MOTARDS

L’hotel sport & wellness Cristallo à Levico Terme est notre deuxième nuitée MoHo de cette virée. Rien que le parking couvert et le coin service mis à disposition des possesseurs de deux-roues, nous indiquent que les besoins des motards ne sont pas en reste. Mais vu la chaleur de cette belle journée ensoleillée, nous cherchons tout d’abord le checkpoint pour pilotes assoiffés. Peu après, nous savourons une bière fraiche au bord de la piscine sous le soleil couchant. C’est au souper que nous remarquons à quel point le «Cristallo » est apprécié par les motards. Il n’y a presque pas de table où la conversation ne tourne pas autour d’une planification de route ou de bécanes.

Chez nous aussi, le programme de demain est sujet de discussion, mais vu que le tracé et le but sont déjà définis, nous nous dirigeons vers le bar pour un dernier verre avant la nuit.

 

SENTIER À GRAVILLONS ET ORAGE

Comme le veut la tradition – qui veut voyager loin épargne sa monture... –, nous ne sommes pas les premiers en selle le matin, mais par contre nous profitons rapidement d’une longue pause de midi ce qui nous permet de parfois terminer la journée plus vite.

Blagues mises à part, pour une fois, nous arrivons vraiment tôt à notre hôtel, situé à Bormio, ce qui nous laisse le temps d’un crochet au Passo Torri di Freale. Sans bagages, et également sans les copains vu le ciel menaçant, je donne des éperons à mon Africa Twin et grimpe les 17 virolets m’emmenant au sommet. La route asphaltée se termine juste après le col et c’est ici que se rejoignent les deux pistes enduro reliant les lacs artificiels Lago di Cancano et Lago di San Giacomo. Les derniers motards fuient la pluie et la route en gravier nous appartient, à moi et à ma monture. Je sillonne ce chemin pentu parsemé de nids-de –poule pendant bien 30 minutes avant que celui-ci ne redescende en plaine. Le plaisir de rouler m’envahit et je jubile sous mon casque. Même une dernière averse ne parvient pas à couper ma bonne humeur.

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