Bon Vent

LE TOUR DE LA MER NOIRE À 8 CH

ROLLING IN THE DEEP

18.10.2016 00:00 (treichler/cr)

La Vespa, c’est plus que juste un deux-roues, c’est un mode de vie. En l’honneur de ses 70 ans d’existence, nous éditons l’histoire de Karin et Giuseppina, qui ont fait le tour de la Mer Morte.


Panorama survolantMostar au sudde la Bosnie Herzégovine.Les ruinesémanant de la récenteguerre sont encorevisibles. (Cliquez pour plus de photos)

JE PRENDS LE DÉPART LE 15 JUILLET.

J’ai dit au revoir à tous mes amis, tout en les avertissant qu’ils risquaient de me revoir dans une semaine déjà, soit parce que j’aurai tellement mal aux fesses ou au dos que je ne pourrai pas continuer, soit parce que Guiseppina aura le mal du pays. Nous franchissons les cols grisons de la Flüela et de l’Ofen sans problème, par contre je dois faire attention à ne pas trop pencher, car à 15 km/h dans une épingle, je risque facilement de verser. Pareil pour la descente, je ne laisse pas aller car les deux freins à tambour ne freinent pas vraiment, ils évitent plutôt qu’on puisse accélérer davantage.

 

JOYEUX CONCERT DE KLAXONS

Je trace tranquillement mon bonhomme de chemine, tant si possible sur des routes secondaires à travers le Frioul, puis au gré de la Slovénie jusqu’en Croatie. Il régnait déjà une sacrée canicule en Suisse, mais en Bosnie, la chaleur – que dirais-je: la fournaise – est insupportable. Au camping de Mostar, un voyageur mesure carrément 48 degrés à l’ombre! Heureusement, je grimpe les Montes dans le Montenegro et quelques orages m’offrent un rafraîchissement bienvenu. Au Kosovo, les touristes aux plaques suisses me gratifient de joyeux coups de klaxon et à chaque arrêt les gens s’étonnent que je sois arrivée aussi loin avec une si petite Vespa – et je veux aller encore bien plus loin!

 

LA PIRE ÉTAPE

Je me réfugie à nouveau dans les montagnes de la Macédonie en direction de la Bulgarie, afin d’échapper partiellement à la chaleur. Le pire tracé jusqu’ici m’attend: de Plowdiw à Svilengrad à la frontière turque. Toute les voitures filent à vive allure sur une route plutôt étroite, parfois même parsemée de trous, pour aller ou revenir de Turquie: un camion un après l’autre, entre-deux les touristes turcs exilés qui rentrent au pays pour les vacances, et chacun roule au maximum de sa vitesse. Ma vitesse maxi à moi atteint à peine les 60 km/h! Toutes les 20 secondes je me vois déjà couchée dans le bas-côté. Heureusement, après une centaine de kilomètres je déniche une route qui m’emmène lentement, mais sans stress vers ma prochaine étape. A Silvengrad, je passe la nuit chez Stefka et Joro, adresse trouvée sur couchsurfing. En soirée, ils m’emmènent à la découverte de la ville et de ses casinos. Ceux-ci sont interdits en Turquie, c’est pourquoi ils ont développé une certaine importance touristique en Bulgarie (et aussi en Géorgie), avec principalement une clientèle turque. Ils me montrent également par quel chemin je peux rejoindre tranquillement Edirne: avec un détour par la Grèce.

 

CHAOS À ISTANBOUL

Le prochain défi est Istanboul: pas moyen de contourner la ville de 20 millions d’habitants. Heureusement que mon prochain hôte couchsurf me montre la navigation offline avec le portable, sinon je serais encore en train de chercher une issue au milieu de ce chaos! D’ailleurs, un dimanche matin vers 7 heures, le trafic est supportable et même avec une Vespa, on ose s’aventurer sur un des deux ponts autoroutiers traversant le Bosphore.

Je trouve le chemin le plus rapide ralliant la côte de la Mer Noire et passe à nouveau la nuit dans un camping. Celui-ci est pratiquement vide ce dimanche soir, car tout le monde est reparti vers Istanboul. Par contre, quelle montagne de déchets! La Turquie est belle et bien un peu plus moderne que certains pays de l’UE tels que la Bulgarie ou la Roumanie, mais ils ne gèrent en tout cas pas les déchets. Plus je m’éloigne d’Istanboul, plus ça devient calme. Le tourisme de masse se concentre sur la côte méditerranéenne, d’ailleurs il n’y a presque pas de plages jusqu’à Sinop. La plupart du temps ce sont de petites criques à galets entre deux massifs rocheux. Les routes sont étroites et sinueuses, c’est pourquoi le trafic se concentre plutôt sur les autoroutes à l’intérieur du pays avant de pointer vers la côte.

 

OSMAN GÜRSOY, PILOTE DE VESPA TURC

Mon prochain hôte couchsurfing est un pilote moto passionné et me parle d’Osman Gürsoy. Dans les années 70, M. Gürsoy, ou Osman Bey comme on dit en Turquie, âgé maintenant de 80 ans, effectuait régulièrement le trajet au guidon de sa Vespa depuis Londres où il habitait jusqu’à Ordu, son lieu d’origine situé tout au sud de la côte de la Mer Noire. Il est évident que j’ai voulu rencontrer Osman Bey, c’est pourquoi j’ai décidé de m’arrêter également à Ordu.

Il a d’ailleurs été le seul pilote Vespa que j’ai rencontré durant mon voyage – par contre j’ai croisé de nombreux «vrais» motards. Comme par exemple Armin, que j’ai rencontré trois fois vu que j’étais plus rapide que lui aux commandes de sa Honda Transalp! Nous avons campé ensemble près de Sumela, un couvent grec criblé de nids d’hirondelles, et avons fêté mon anniversaire en sirotant du thé sur la montagne panoramique en dessus de Trabzon. Certains se demandent certainement qu’est-ce qu’un couvent grec fait en Turquie: les Grecs (antiques et moins antiques) ont jadis colonisé presque toutes les côtes de la Méditerranée orientale et celles de la Mer Noire.

 

LA MODERNISATION PREND LE DESSUS

Malheureusement après Samsun, la côte n’est plus vraiment très jolie car une autoroute à quatre voies a été édifiée sur les plages. Je rejoins donc l’arrière-pays après avoir visité les jardins de thé vers Rize. Là aussi tout se construit. Un barrage après l’autre doit fournir l’électricité à la Turquie moderne.

Egalement moderne, tel est le nouveau visage de la Géorgie: ceux qui se souviennent des contraintes du passage de douane de l’ex-république soviétique seront surpris en bien: bref contrôle de cinq minutes du passeport et des papiers du véhicule et «welcome to Georgia!». Par contre la modernisation n’a pas encore atteint les routes ici aussi je roule sur une route étroite avec parfois des trous pour rejoindre Tiflis à 450 km de là. Il n’y a pas beaucoup de camions, mais les voitures et la conduite suicidaire des Géorgiens les remplacent.

 

DANS LA CAVE À FROMAGES GÉORGIENNE

C’est gentiment le moment de me demander comment je vais trouver Rati Rostomshvili. De lui je ne connais que le nom et son lieu d’origine. A Tiflis, je passe la nuit dans l’auberge Greenhouse de Maja et Alex. Maja a une bonne idée: «As-tu déjà cherché sur Facebook?» Non, car je n’ai pas de compte… Quoi qu’il en soit, le jour suivant, je suis invitée dans la cave à fromage de Rati à Telavi. Les fromages sont succulents, même si on n’est pas en manque. Malheureusement en Géorgie, je ne peux pas visiter les régions montagneuses comme Tusheti et Swaneti dans le Caucase, car mon véhicule n’est vraiment pas adapté à ce genre d’escapade dans les conditions frisant le rallye tout-terrain et de plus, il pleut sans cesse. Je me balade dans Tiflis et visite la ville en dehors des grands axes. Il y a ici de magnifiques maisons bourgeoises du XXe siècle, parfois bien délabrées. Personne n’avait l’argent requis pour les démolir et reconstruire du neuf, c’est pourquoi des quartiers entiers sont encore intacts.

 

CONTOURNER LA RUSSIE

De retour à Batumi, je prends le bateau MS Greifswald et prends le chemin du retour, via Odessa (Ukraine); ainsi, sans le vouloir, j’ai finalement quand même visité presque tous les états riverains de la Mer Noire, hormis la Russie. Le ferry franchit la mer durant deux jours sans rien de spectaculaire. Une chose me paraît étrange: il n’y a rien à acheter, pas de bar, pas de kiosque, rien. A Odessa, je subis les aléas post-soviétiques du passage de la douane: je passe de bureau en bureau durant quatre heures, deux copies de passeport, deux copies des papiers du véhicule et un formulaire à six exemplaires doivent être timbrés et classés par le bon fonctionnaire. De plus, Giuseppina ainsi que moi-même devons même passer un test de radioactivité...

Je rencontre les fameuses routes ukrainiennes en direction de la Roumanie: des séries de trous dangereux et des ornières. Pour une fois, je suis (parfois) plus rapide que les voitures, étant donné que je n’utilise que deux-roues et ne souffre donc pas de cahots transversaux !

Je dois payer une commission de 100 Hrvina (env. 3 euros) pour le passage des 500 m à travers la République Moldave étant donné que ma carte d’assurée verte n’y est pas valable. Elle ne l’était d’ailleurs pas non plus en Géorgie ni en Ukraine, mais personne ne l’a remarqué. De retour en Bulgarie, je cherche et trouve Busludsha, cet OVNI avec clocher édifié pour le jubilé centenaire du mouvement bulgare en 1981, passé sous silence dans la plupart des guides. Malheureusement, personne ne s’occupe de cet héritage et ce dernier tombe en ruine.

 

RETOUR EN AUTOMNE

Depuis quelques jours, la météo est automnale, il fait froid, que ce soit pour camper ou conduire. Etant donné que je n’avais pas prévu d’aller aussi loin et de partir aussi longtemps, je n’ai que des habits d’été dans mon sac. Afin que je puisse scotcher un autre autocollant sur ma Vespa, je passe par la Serbie: comme ça j’aurai traversé tous les états balkaniques excepté l’Albanie !

Je me réjouis déjà de devoir présenter ma Vespa à l’office de la circulation et de pouvoir leur raconter jusqu’où elle m’a emmenée. Et surtout, que je n’ai pas eu besoin de sortir les outils une seule fois – juste kicker et rouler en direction du lever du soleil! p> 

 

Abonemments

 

««Retour
NOUVEAU! Lisez ici l‘ePaper

Newsletter abonnieren

* Pflichtfeld