Bon Vent

DANEMARK-SUD DE LA SUEDE

AU PAYS DE FIFI BRINDACIER

10.09.2016 00:00 (burri/cr)

Le sud de la Suède, c’est le pays de la petite Fifi Brindacier et de Michel qui, jour après jour, est enfermé dans le cagibi. Cette vaste région offre également beaucoup de nature et des routes interminables traversant les forêts entrecoupées par d’innombrables lacs.


Grande photo: logis du plus pur style dans la plus ancienne cité industrielle de Suède,Forsvik (Cliquez pour plus de photos)

LE FERRY? IL N’Y A PAS DE FERRY AUJOURD’HUI »

C’est ce qu’on nous déclare à midi alors que nous attendons sur le quai de Grenaa au sud du Danemark et que nous nous demandons pourquoi il n’y a personne. «Il y a eu un accident hier», nous explique la dame un peu rondelette installée dans sa cabane où elle vend les billets, en temps normal. Le ferry a tapé dans le quai et est endommagé. Vu qu’ils ne pouvaient pas nous atteindre, ils n’ont pas été en mesure de nous avertir. Telle est la maigre excuse qu’elle nous donne en réponse à nos regards désarmés. Il ne sert à rien de parlementer ni d’essayer d’argumenter que nous avions donné un numéro de portable… Ce qui importe, c’est de savoir comment nous allons pouvoir traverser le Kattegat afin de rejoindre la Suède. «Le ferry depuis Frederikshaven traverse – mais déjà dans deux heures», nous explique la dame. Nous sortons la carte: 205 km, ne perdons pas de temps!

Nous traversons à vive allure l’état du Danemark, dont le charme s’intensifie au fil des kilomètres. Les champs de blé jaunes alternent avec la verdure des prés où pâturent les vaches. De longues chaînes de collines s’avancent dans la mer qui nous salue de temps à autre de son bleu royal lorsque nous cravachons nos Triumph sur l’autoroute. Nous faisons attention à respecter la limite de 130 km/h étant donné qu’ici, les amendes sont aussi salées qu’en Suisse. Grâce à la bonne signalétique, nous atteignons le port à temps et rejoignons la première ligne où attendent déjà d’autres motards. Peu après, nous embarquons déjà sur l’immense ferry de la Stena Line. Pour quelques 30 francs par personne et moto, nous devenons les témoins de l’achat d’alcool hors taxe. Alcool qui est directement consommé. Lors du débarquement à Göteborg, deux heures et demie plus tard, le personnel tente péniblement de hisser les nombreux corps cadavériques imbibés d’alcool par-dessus bord. Ils ont d’étranges coutumes, les descendants des Wikings…

 

A L’AFFÛT

Le jour précédant, dans notre hôtel de Greena, nous avions déjà réservé une charmante maisonnette suédoise au moyen de notre iPad. Celle-ci est située en bordure du lac glaciaire de Västra Öresjön. Bientôt, nous laissons la trépidante ville de Göteborg derrière nous et mettons le cap sur Krok. Nous bifurquons sur la route côtière en début de soirée et après quelques recherches, nous trouvons un hébergement du nom de Två Skyttlar. Un petit paradis s’offre à nous. Notre maisonnette rouge-blanche typique se dresse au bord du lac, qui est calme et scintille dans la lumière du soir. Nous sommes presque les seuls clients, à notre grand étonnement, car nous sommes en été et donc en haute-saison. D’immenses forêts s’étendent aux alentours, l’habitat parfait des nombreux élans de la région. Nous savons de précédents voyages scandinaves que la plus grande race parmi les cerfs se montre volontiers au crépuscule ou en soirée. Notre instinct chasseur nous titille et après quelques pas déjà nous nous retrouvons à l’affût dans l’obscurité du sous-bois. Malheureusement, notre patience n’est pas récompensée, toutefois nous nous régalons d’airelles et de myrtilles avant l’arrivée de la nuit. Nous nous dirigeons ensuite vers le prochain village, Örby, afin d’y prendre un vrai repas du soir.


HISTOIRE INDUSTRIELLE AU CANAL DE GÖTA

Nous restons une journée supplémentaire à l’agréable Två Skyttlar et profitons de la mise à disposition gratuite des canoës. A deux, nous pagayons sur le Västra Öresjön, un lac de grandeur similaire à celle du lac de Bienne, mais bien plus tortueux. Pure nature sauvage! L’être humain n’a pas touché à cet endroit, nous observons un paysage alluvial, des étendues de roseaux et même les vaches semblent se promener librement. Il fait plus chaud que la normale, le thermomètre indique plus de 25°. Quelques bêtes se rafraichissent même dans l’eau.

Reposés, nous démarrons les moteurs le lendemain matin et nous dirigeons vers le nord, accompagnés des couleurs ensoleillées matinales. Nous avançons rapidement grâce aux 90 km/h autorisés sur routes nationales et atteignons Jönköping, la plus grande ville du deuxième plus grand lac de Suède, le Vättern (vaetur signifiant lac en ancien suédois). Cité pour la première fois vers 1220, celui-ci est relié au plus grand lac suédois qui est également le plus grand d’Europe, le Väner, par le canal de Göta.

Notre but d’aujourd’hui est Forsvik, un endroit riche en histoire situé au nord-ouest du Vättern. C’est ici que se trouve la plus ancienne écluse du canal de Göta ainsi que le plus ancien pont ferroviaire (1813), juste avant que le canal ne se jette dans le Vättern. Cette liaison aquatique artificielle fait 190 km de long, dont 87 km de canal effectif reliant les cinq lacs entre eux qui ont été creusés sans machine par 58 000 soldats suédois entre 1810 et 1832. Avec le canal de Trollhätte et le Göta älv, le canal de Göta forme une route aquatique de 390 km traversant toute la Suède du sud, affichant un dénivelé de 91,5 m, franchissant 58 écluses et 50 ponts tout en reliant la mer du Nord à la mer Baltique. L’idée était que les bateaux en direction de Kattegat vers la mer du Nord puissent traverser la Suède au lieu de franchir l’Öresund. Ainsi ils économisaient le droit de Sund du Danemark. Toutefois, le canal de Göta n’a jamais eu une réelle signification économique à cause de l’arrivée des transports de marchandise par voie ferrée quelque dix ans plus tard. Aujourd’hui, ce canal est une attraction touristique, comme par exemple le «Juno», un bateau navigant depuis 1874, plus ancien bateau de passagers en fonction du monde.

Le petit village de Forsvik, un endroit romantique entouré d’eau et de forêts, existe depuis 600 ans et est ainsi le lieu industriel le plus ancien de Suède. Grâce à la puissance de l’eau, de nombreux moulins, scieries, ferronneries, fonderies et autres forges y ont vu le jour. Les bâtiments sont tous parfaitement entretenus et ouverts à la visite. Ils sont tellement authentiques qu’on pourrait penser que le forgeron est parti aux neuf heures et qu’il va revenir d’un moment à l’autre.

 

UN ROYAUME NÉ SUR LE PAPIER

Notre prochaine étape est Rumskulla, un petit village vers lequel le chemin est cahoteux et poussiéreux. En effet, la route reliant le paradis des vacances «Lilla Sverigebyn» (petit village suédois) n’est pas goudronnée et s’étire sur des kilomètres. Ce village, composé de trois anciennes fermes typiquement régionales, se situe en plein coeur d’une forêt féérique parsemée d’anciens pâturages. Ici, de nombreux animaux viagers se promènent en liberté et il y a des hébergements pour tous les goûts. Nous portons notre choix sur une maisonnette et parquons nos motos directement devant. Ce n’est pas pour rien que nous avons décidé de nous rendre à «Lilla Sverigebyn», nous sommes au coeur du lieu d’origine de Fifi Brindacier, de Michel von Lönneberga, des héros de notre enfance. C’est le monde coloré créé par Astrid Lindgren (voir encadré) et qui enchante encore maintenant des millions d’enfants. Et ce monde commence là où Astrid Lindgren est née en 1907: dans l’exploitation Näs près de Vimmerby. Nous laissons le bruyant parc d’attractions à la Disney «Lindgrens Värld» de côté et visitons la ferme Näs, qui est aujourd’hui totalement dédiée à la commémoration de l’écrivain et où sont humanisés les héros de papier par nombreuses festivités et représentations théâtrales. Notre enthousiasme est grand lorsque nous découvrons avec nos propres yeux où l’auteure de livres pour enfant suédoise a grandi et vécu. Un pavillon d’exposition a été édifié à côté de la maison familiale d’Astrid. La visite de celui-ci est un régal et renvoie vers un aperçu personnel de la façon de penser et de sentir de l’auteure, qui s’est engagée durant toute sa vie pour les droits des enfants.

 

SOUS L’ARBRE À LIMONADE

Les étendues de jardin sont particulièrement plaisantes. C’est ici que se dresse majestueusement le fameux arbre à limonade de Fifi Brindacier. Dans les histoires relatant les exploits et idées farfelues de la fille du capitaine Efraîm, cet arbre est la cachette préférée de Fifi parce qu’il offre quelque chose de plus que tous les autres arbres du monde entier: dans son antre pousse de la limonade! Malheureusement on n’est pas jeudi lorsque nous visitons Näs et je recherche le chocolat en vain. Normalement, le jeudi, celui-ci se trouve sous l’énorme aulne âgé de 300 ans. Impossible aussi d’extirper de la limonade du feuillu éponyme. Pas grave, je me console avec d’excellents biscuits suédois et une limonade citron dans le café du musée et me rappelle les bons souvenirs de Fifilolotte Victuaille Cataplasme Tampon Fille d’Efraïm Brindacier. VISITE INOPINÉE À MALMÖ Après une deuxième nuitée à Rumskulla, nous sellons notre petit cheval d’acier et traçons la route vers le sud-ouest en direction de Malmö, notre prochaine destination. Cette ville, citée pour la première fois comme place d’atterrissage dans la crique de Lomma en 1259, compte 313 000 habitants et fait partie du royaume de Suède depuis 1658. Auparavant elle appartenait au royaume danois. Aujourd’hui cette ville détient une industrie florissante, entre autres grâce au pont franchissant l’Öresund depuis 2000 que nous traverserons le lendemain. De pittoresques maisons à colombages s’élèvent dans le centre-ville historique et la tour d’habitation «Turning Torso» est visible de loin. Celle-ci a été édifiée selon les plans de l’architecte hispano-suisse Santiago Calatrava. Nous profitons d’un dernier et ultime succulent repas composé de poisson, tout en admirant le soleil couchant avec ses nuances dorées et nous laissons aller au gré du paysage suédois. Un pays absolument splendide, qui laisse beaucoup d’espace à la nature grâce à sa faible densité de population. Et bien évidemment le pays d’origine de la petite fille la plus forte du monde, dont une partie restera à tout jamais gravée dans mon coeur.

 

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