Bon a savoir

Un infatigable traceur de routes

Joe Genoud

28.09.2017 11:38 (jcs)

De pilote de GP 125 à rénovateur du championnat d’Europe de la montagne, de marchand d’équipements à sponsor au grand cœur. Même si sa vie a changé, il y a deux ans, dans un bivouac du Dakar, Joe Genoud reste un infatigable traceur de routes. Dans sa vie professionnelle, mais aussi à travers sa passion.


Avec la Suzuki qu'il a retrouvée, et qu'il entend bien un jour conduire à nouveau. (Cliquez pour plus de photos)
Années quatre-vingts. Pilote en GP, Joe Genoud est fauché comme les blés, mais passionné comme personne. Persuasif. Surtout persuadé que demain sera un autre jour: comme le légendaire Lord Hesketh au début de ses activités en Formule 1, il n’avait pas une grande fortune, notre Joe, mais il s’en est fait, comme le prestigieux Lord britannique, une toute petite. Celle que l’on écrit en chiffres rouges... Retraité de la course, retraité de la moto? Jamais. Le voici, entre autres multiples activités, lançant Moto-Look, un premier magasin, un second, un peu d’importation, beaucoup d’heures et plus encore de soutien à des pilotes de sa région. C’est plus fort que lui, il ne peut pas dire non quand on le convainc du bien-fondé d’un projet. Là encore, il va perdre des plumes, mais jamais sa passion. Des regrets? La vie finit par les effacer, parce que tout s’efface, même si rien ne s’oublie.

Ses accidents

On le retrouve, quelques années plus tard, dans la construction routière. Au service commercial d’un immense groupe, il fait le tour des chantiers, casque jaune au milieu de la nuit, à gesticuler, à donner des garanties, à convaincre privés et administrations publiques de préférer les services de ceux qui l’emploient. Une nouvelle bretelle d’autoroute par-ci, un chemin qui mérite meilleur sort par là. Parallèlement, il se lance dans la politique; maire de Châtel-St-Denis et député au Grand Conseil fribourgeois, il n’oublie jamais d’où il vient, des abords d’une route – tiens, si on lui offrait un lifting, à elle aussi? – qui relie la commune qu’il préside aux Paccots, où il vit. La moto est toujours là, même si Monsieur le maire se déplace en voiture. Elle revient en scène quand Sete Gibernau, vice-champion du monde MotoGP, cherche le calme dans un décor que lui fait découvrir son manager d’alors, Léo De Graffenried. Voici Sete citoyen de Châtel, qui tourne une gommeuse et donne des cadeaux aux enfants des écoles.

Promoteur sportif

Joe retrouve bientôt cette passion qui l’anime depuis l’enfance. C’est la création du «Joe Genoud Challenge», bientôt la renaissance du championnat d’Europe de la montagne. De sa carrière de pilote, il sait mieux que quiconque l’importance de l’argent; alors, en plus des coupes, il offre des primes. Aux pilotes. Tout en soutenant les organisateurs, après avoir passé à la caisse auprès de FIM-Europe, bien heureux d’avoir trouvé une bonne poire payante. Il s’est fait avoir, aveuglé encore par sa passion? «Peut-être, mais on a relancé le championnat et il existe toujours» sourit Joe, même si les pilotes ne reçoivent plus leurs petites enveloppes. Et les organisateurs plus d’aide substantielle: «Je tire ma révérence», explique ainsi Roland Pilloud, le désormais ex-président de la course des Paccots: «Il y a de moins en moins de monde au comité, c’est toujours plus compliqué de trouver des bénévoles. Cette année, nous avons reçu un super coup de mains du MC St-Martin, de Joe Roullier. Financièrement, la course fonctionne, même si nous n’avons recensé cette année que 750 entrées payantes, mais c’est désormais beaucoup trop de travail pour toujours moins de gens», explique le papa du pilote IRRC (série européenne des courses sur route) John, qui rêve désormais d’une île plantée en mer d’Irlande. La course des Paccots? Elle va peut-être disparaître du calendrier... Retour en arrière. Comme son «Joe Genoud Challenge» ne suffit pas à assouvir son appétit, notre Monsieur Cent-Mille Volts regarde à droite, à gauche, se passionne pour le projet «Dakar» de Damien Udry, car il rêve de participer une fois au grand raid. Il s’était imaginé au volant d’un camion d’assistance, il se contente, en ce mois de janvier 2015, de suivre la fin de la course avec Joël Udry, le papa du seul Suisse engagé cette année-là. Las, dans le paddock de Termas de Río Honda, en Argentine, Joe est renversé par un camion d’assistance d’un team russe. Fractures ouvertes et compliquées du tibia, du péroné et de son pied droit. Il passera des heures en salle d’opération en Argentine, des semaines avant d’être rapatrié au pays, des mois et désormais des années – plusieurs nouvelles interventions chirurgicales – sans pour autant guérir complètement. Il souffre dans sa chair, mais il continue de se battre. Et si le bas de son corps lui dit parfois non, sa tête reste un creuset dans lequel se bousculent les idées: «J’ai imaginé revenir à un championnat de Suisse unique, dans lequel il y aurait des courses en circuits et des côtes; puis, avec Jean-Bernard Egger – le président de la commission tourisme de la FMS –, nous est venue l’idée de développer l’engouement auprès des jeunes pour le tourisme motocycliste dans notre pays.» Ainsi est né le «Grand Tour of Switzerland», destiné aux jeunes conducteurs et aux nouveaux adeptes de cette activité, une première axée cette année sur le Jura, avec timbrages en différents sites et au sommet de huit cols. Le nouveau «Challenge Joe Genoud» récompensera les plus assidus. Et un jour – proche –, c’est peut-être bien lui, notre Joe national, qui méritera une immense coupe: «Tu vois, la Suzuki 500 millésime 1969, bientôt, je la conduis.» Pour l’heure, elle attend son maître dans l’ombre d’un garage. Car son maître, on le sait, ne tient pas en place. En juillet, il était à Chimay, pour une manche de l’IRRC. Il y a rencontré Pierre-Yves Bian, le pilote français qu’il soutient, John Pilloud, Arnaud Seydoux, son ancien copain des GP Bernard Fau et... les organisateurs de la série: «C’est la course comme je l’ai connue; à l’époque, Chimay, c’était une étape sur la route des GP. L’ambiance y est extraordinaire; je me demande si...» Si Joe Genoud n’allait pas bientôt s’intéresser de plus près à cette compétition? Il n’a répondu que par un sourire. Mais il y a des sourires qui parlent...»  

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